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  • : Le blog de Thomas PETIT
  • : Recherche et partage d'alternatives à une société en panne d'imagination sociale. La théorie doit mener à une pratique positive.
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  • Thomas PETIT
  • Economiste de formation et de prédilection, j'ai touché à pas mal de petits boulots dans le privé et la fonction publique.
Actuellement permanent syndical des ministères finances et économie pour améliorer les conditions de travail de mes col
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14 août 2011 7 14 /08 /août /2011 12:17

Je lisais ce matin dans une interview de Manuel Valls qu’il n’était pas possible de faire ceci, pas possible de faire cela[1].


La première conséquence de genre de discours est de créer une sorte de fatalisme dans lequel  il n’y aurait pas d’alternative. Ceci met les citoyens dans une situation embarrassante où de toute manière leur vote ne mènera qu’à la faillite ou à une seule politique (qui ne mènerait pas à la faillite de l’État mais mènerait à leur propre faillite). C’est donc un discours dévalorisant la politique.


Mais si c’était la vérité et qu’il s’agissait de courage, ce discours serait honnête et louable.


Seulement, et j’en viens à la deuxième conséquence, il n’est en rien courageux car il est réducteur et fait un raccourci marquent un grand manque d’imagination et d’honnêteté. Car il n’y a pas de fatalité en politique mais des actions et des conséquences.Indiquer qu’une action est impossible consiste à nier toute analyse des conséquences à la fois de la solution rejetée, mais aussi des solutions proposées.


Ainsi, Sarkozy disait qu’il fallait exonérer les heures supplémentaires. Beaucoup étaient contre (même à droite). Certains disaient que c’était impossible. Or il a bien mis en place cette mesure ce qui montre que c’était possible.

Par contre, il s’agissait effectivement d’une grave erreur économique détruisant plus de 100000 emplois directement et empêchant le financement de près de 400000 emplois dans la fonction publique (à comparer aux 150000 suppressions de postes en 5 ans pour quelques économies…).


De même, le même Manuel Valls à propos du Traité Constitutionnel Européen nous assenait (comme beaucoup de défenseurs du oui) qu’il n’y avait pas d’autres solutions. Ceci a pesé lourdement dans le vote car les français se sont sentis dépossédés de leur vote : pourquoi proposer un référendum s’ils n’avaient pas droit de voter non ??? Il y avait des arguments pour expliquer que les conséquences d’un vote favorable étaient très positives pour une Europe sociale, ce qu’avait compris la confédération européenne des syndicats qui soutenait le oui. On pouvait aussi légitimement demander aux tenants du non de se mettre d’accord sur ce que signifiait le non (ce qu’ils auraient été incapables de faire entre FN, décroissants et extrême gauche). Mais au lieu de cela, ils ont préféré masquer les conséquences positives et négatives du TCE et ne parler que de fin du monde si le non passait. On a vu le résultat.


Pour prendre un exemple concret et d’actualité, Manuel Valls, dans son interview de ce matin, disait notamment que créer 300000 nouveaux emplois jeunes (il ne s’agirait plus exactement de ce nom en fait selon le programme socialiste) n’était pas possible. D’où tient-il cette impossibilité ? De nulle part (ou peut être des agences de notation ou du dernier congrès de l’UMP ?) et en tout cas pas de source sérieuse.

En effet, les paramètres à prendre en compte sont : le coût (et donc les moyens à mettre en face), les ressources disponibles, les besoins.


Le coût :

300000 emplois dans la fonction publique reviennent à environ 1,5 milliards d’euros tout compris[2] soit le coût de la réforme de l’ISF en 2011, 1/3 des exonérations sur heures supplémentaires, ou de la baisse de la TVA sur la restauration, 1/5 du coût de la suppression de la taxe professionnelle. Il était donc possible de créer 1500000 emplois jeunes en faisant le choix de conserver la taxe professionnelle à la place. Le coût n’est donc pas un problème mais une question de choix.


Les ressources :

il s’agit essentiellement de services et donc de ressources humaines. Avec 640000 jeunes de moins de 25 ans au chômage, les ressources semblent disponibles[3]. La mise en adéquation des compétences et des missions pourrait impliquer des formations supplémentaires mais vu que ce sont des emplois dans des secteurs à créer (et donc ne concurrençant pas d’autres emplois), il est évident qu’un temps est nécessaire pour se former et s’organiser.

 

Les besoins :

qui peut nier les besoins dans le secteur de la dépendance ou de la transition écologique ?...

 

Après analyse, il apparaît que créer 300000 « emplois jeunes » est tout a fait possible. N’en déplaise à M. VALLS, il s’agit donc d’un choix. Lui préfère faire le choix de ne pas créer de l’emploi et de faire un pari sur d’autres mesures qu’il pense susceptibles de créer de la croissance et peut être des emplois (la croissance est loin de toujours créer des emplois…). C'est son droit.


Pour mémoire, 85% des 500000 emplois jeunes de la période Jospin-Aubry avaient été pérennisés.

Combien d’emplois ont été réellement créés avec des mesures d’exonérations de charges (c'est-à-dire de baisses de salaire brut) comme les exonérations sur les heures supplémentaires ?...


Il n’y a pas d’impossibilité, il y a des choix et des conséquences, des paris et des expériences.

M. VALLS devrait informer plutôt que propager des rumeurs !



[1] http://www.liberation.fr/politiques/01012353940-manuel-valls-dire-que-les-impots-ne-vont-pas-augmenter-c-est-mentir-aux-francais?xtor=EPR-450206

[2] 259,4 milliards de dépenses de personnels par les administrations publiques pour 5,2 millions de fonctionnaires soit environ 50000 euros par fonctionnaires par an (http://www.insee.fr/fr/themes/document.asp?reg_id=0&ref_id=ip1348 et http://www.insee.fr/fr/themes/document.asp?reg_id=0&ref_id=T11F045)

[3] http://eco.rue89.com/2010/08/18/les-jeunes-face-au-chomage-une-generation-perdue-162822

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Published by Thomas PETIT - dans Politique
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