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  • : Le blog de Thomas PETIT
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  • Thomas PETIT
  • Economiste de formation et de prédilection, j'ai touché à pas mal de petits boulots dans le privé et la fonction publique.
Actuellement permanent syndical des ministères finances et économie pour améliorer les conditions de travail de mes col
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10 novembre 2011 4 10 /11 /novembre /2011 01:18

Mediapart a organisé ce lundi 7 novembre un débat sur l'Europe et la gauche dont on peut lire le résumé ici (http://blogs.mediapart.fr/edition/complices/article/091111/leurope-et-la-gauche-compte-rendu-du-lundi-de-mediapart-de-nov).

Or le débat a surtout tourné autour de la crise des dettes et de la nécessaire reprise du pouvoir sur la BCE.

Ceci est caractéristique de l'intelligence générale qui a compris que la gauche ne pourrait réellement gagner son projet européen que si cette crise était résolue.

Mais pour la résoudre, il faut bien comprendre ce qu'est cette crise et pourquoi la monnaie est centrale dans sa solution ; c'est ce que je vais m'employer à faire ici.

 

 

Tout d'abord, il faut comprendre que la monnaie a changé de nature passant de bien intermédiaire des échanges (l'or étant le plus grand exemple) a une unité de compte totalement virtuelle. Ainsi, la création monétaire ne consiste plus vraiment à frapper un métal du sceau royal mais à simplement inscrire un actif et un passif dans un livre de comptes.

Dès lors, la monnaie n'est plus une ressource naturelle rare !

Alors pourquoi ne pas créer plus de monnaie ? Eh bien parce que la monnaie est une dette de la société qui garantit cette monnaie : c'est une dette sur la production future. Autrement dit, la monnaie est un titre permettant d'exiger en retour un produit ou un service . Si la société n'est pas en capacité de fournir ce bien ou ce service dans un délai raisonnable, le détenteur de la monnaie perd confiance et la monnaie perd sa valeur.

Le principe était le même au niveau de l'or ou de tout autre bien intermédiaire à des échanges, mais la rareté de ces biens donnait une illusion de contrôle et de sobriété.

Le point essentiel, c'est donc que la valeur d'une monnaie dépend de la capacité productive de ceux qui acceptent cette monnaie. Ainsi, le dollar étant accepté presque dans le monde entier, la valeur du dollar dépend plus de la quantité des échanges sur la planète que des capacités de production des USA.

Bien sûr, vu que cette valeur est une sorte de quotient entre production et quantité de monnaie en circulation, il faut effectivement éviter de produire plus de monnaie que la production échangeable que l'on est capable de mobiliser.

 

 

Là il faut faire une parenthèse importante puisqu'elle est le centre des attentions de nombreux citoyens et politiques de gauche : la création monétaire n'est plus dans les mains des Etats mais dans celles des banques privées.

En effet, dès lors que l'on autorise une institution à prêter de l'argent au-delà de ses stocks de monnaie (créances déjà obtenues sur la production future), on autorise de fait cette institution à créer de la monnaie. Cette autorisation faite aux banques est très ancienne, mais elle a été poussée jusqu'au vice en Europe : non seulement les privés ont le droit de créer cette monnaie, mais les Etats se sont ôté ce droit en rendant impossible que la banque centrale finance leurs propres dépenses.

Vu que ce sont les citoyens qui garantissent la valeur de la monnaie par les biens et les services qu'ils produisent, et vu que l'Etat est le représentant de ces citoyens (notamment contre les individualités dont les institutions bancaires sont des représentants), il est  cependant bien évident que les Etats DOIVENT pouvoir créer de la monnaie. La monnaie est une dette souveraine !

 

 

Que peux donc faire la gauche européenne?


Comme les marchés, avec la complicité évidente de la droite au pouvoir, mettent la pression sur les Etats et ne jouent pas le rôle de supplétifs dont la délégation de la création monétaire leur donnait la responsabilité, la solution la plus évidente serait de reprendre la main sur la BCE afin de permettre de financer des dépenses publiques par création monétaire.

Mais ce scénario semble inatteignable dans le contexte actuel où la grande majorité des citoyens européens votent à droite. Il faudrait donc pouvoir contourner la BCE.

Pour cela, un moyen serait, par exemple et tout simplement (!), que l'Etat français se porte opérateur financier sur le marché et crée de la monnaie, comme une banque privée sur la base de ses actifs (environ 600 milliards d'actifs solides actuellement soit une capacité de création monétaire de 6000 milliards d'euros !).

Il y a moyen de reprendre la main sur le secteur financier sans passer par la commission européenne !

 

 

Dans cette hypothèse, il faut bien sûr garder en tête que la monnaie reste une dette sur la production future. Il serait donc irresponsable de créer trop de monnaie, ce qui asservirait à terme la population.

Là aussi il y a une différence majeure entre gauche et droite et c'est un point important qui explique le succès économique de la gauche de 1997-2002 contre la catastrophique gestion de la droite depuis.

En effet, actuellement les banques créent de la monnaie pour ceux qui n'en ont pas besoin (système financier, riches en général...).

Or la monnaie doit servir à activer une production si l'on ne veut pas qu'elle soit pas dépréciée (selon les explications ci-dessus).

Par conséquent, toute création monétaire devrait être directement affectée à l'activation d'une force de travail pour répondre à des besoins identifiés. Par exemple, les emplois jeunes devaient créer des marchés nouveaux en permettant à des jeunes de trouver un emploi (au lieu d'être inactifs) sans se mettre en concurrence vis-à-vis de travailleurs déjà sur le marché. En identifiant des besoins et en créant la production adéquate, les emplois jeunes répondaient à une très bonne logique économique. La seule erreur était de les financer par un endettement envers les épargnants, c'est à dire ceux qui ne vont pas activer de la production mais garder la monnaie et faire accroître la quantité de monnaie sans faire croître la production. Ainsi, les emplois jeunes auraient dû être financés par production monétaire.

 

 

Pour finir, puisque la monnaie est une dette sur une production future,  une contrepartie de l'économie à la garantie de l'Etat sur la monnaie est nécessaire. C'est l'impôt qui permet de répondre aux dettes passées et donc de donner de la valeur à la monnaie.

En réduisant les impôts sur ceux qui possèdent la monnaie passée (ISF...) pour les augmenter sur ceux qui activent la production en consommant, la droite diminue la confiance dans les monnaies et détruit les économies qui fondent pourtant leur pouvoir. Le cas de la Grèce est caractéristique de ce phénomène.

 

 

Mais ce qui est peut être encore plus grave, c'est qu'ils utilisent leur propre erreur pour justifier avec l'austérité une sorte d'économie de troc qui consisterait à obliger les citoyens à travailler au seul service des propriétaires du capital contre le minimum vital.  

Ceci a un nom : l'esclavage !

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Published by Thomas PETIT - dans Monnaie
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commentaires

Thomas PETIT 03/01/2012 18:56

"Pour cela, un moyen serait que l'Etat français se porte opérateur
financier sur le marché et crée de la monnaie comme une banque privée
sur la base de ses actifs (environ 600 milliards d'actifs solides
actuellement soit une capacité de création monétaire de 6000 milliards
d'euros !).

Il y a donc moyen de reprendre la main sur le secteur financier sans passer par la commission européenne !"

Ils y viennent enfin :

http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/01/02/pourquoi-faut-il-que-les-etats-payent-600-fois-plus-que-les-banques_1624815_3232.html