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  • : Le blog de Thomas PETIT
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  • Thomas PETIT
  • Economiste de formation et de prédilection, j'ai touché à pas mal de petits boulots dans le privé et la fonction publique.
Actuellement permanent syndical des ministères finances et économie pour améliorer les conditions de travail de mes col
  • Economiste de formation et de prédilection, j'ai touché à pas mal de petits boulots dans le privé et la fonction publique. Actuellement permanent syndical des ministères finances et économie pour améliorer les conditions de travail de mes col

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1 février 2013 5 01 /02 /février /2013 17:12

La nouvelle loi de réforme bancaire fait polémique, certains la voyant comme une brèche au système de banque universelle français qui semble avoir été relativement sur et efficace pendant longtemps, et d’autres voulant une stricte séparation entre les activités de banque de dépôt et de banque d’investissement.


Mais ceci implique de ne pas traiter de la question monétaire puisque dans les 2 cas, l’investissement de monnaie déjà possédée peut être augmenté d’une création monétaire, c'est-à-dire d’un crédit.


Ainsi, les leviers ayant permis de multiplier la monnaie sur les marchés financiers et créant des bulles ne disparaîtraient pas.


Les dépôts seraient préservés des marchés purement financiers mais de leur côté se poserait la question du financement de l’activité de coffre-fort ainsi que celle de la possibilité d’une banque de prêter sur la base des dépôts effectués, c'est-à-dire de créer de la monnaie pour prêter en garantissant cette création avec ... l’argent qui leur est confié. La sécurité des dépôts reste donc limitée puisque les dépôts restent une garantie.


Or s’il est vrai que le système de prêt à partir des dépôts permettait de multiplier les ressources monétaires disponibles à une époque où elles étaient limitées par la production des mines d’or et d’argent, à l’heure de la monnaie électron, ce rôle des banques semble dépassé.

Il serait donc temps de reprendre une analyse sur le rôle des banques et sur le fonctionnement du système financier.

 

Dans ce cadre, il semble utile de rappeler le rôle primaire de la banque : un coffre-fort.


Il ne s’agissait pas de réinvestir, de constituer des réserves obligatoires pour prêter ou autre mais bien de garder un capital pour le compte d’un particulier qui ne pouvait en assurer la sécurité.


Ce rôle de coffre-fort est largement facilité vu que les comptes bancaires ne sont plus constitués que d’écritures. Au final, une banque n’a besoin d’émettre des billets et des pièces qu’en contrepartie d’un changement d’écriture lors du retrait de la monnaie par un client. Pratiquement, il n’y a pas de logique à limiter cette contrepartie puisque l’écriture constate une dette de la société vis-à-vis du client à un instant t (réception de la paie qui correspond à la dette de la société pour le travail effectué par exemple) qui est déposée dans la banque qui doit en gérer la comptabilité. Il n’y a pas besoin de matérialiser ce dépôt dans les coffres de la banque.


Ce phénomène est encore plus criant lorsqu’il s’agit de cartes de crédits ou de paiement qui permettent de totalement dématérialiser la monnaie.


Ce rôle de coffre-fort devient donc un simple rôle de comptable à la fois pour le compte des clients et pour celui des banques centrales. La banque n’a pas besoin de réserves monétaires pour jouer ce rôle et la banque centrale doit se mettre en capacité de lui fournir les supports monétaires matériels en suffisance pour matérialiser les retraits si nécessaire.


Seule la capacité d’échanges de monnaie entre clients (le patron qui paie son employé) doit limiter cette fonction.


 

La deuxième fonction que l’on a attribué aux banques est celle de créer de la monnaie sur la base de gains futurs potentiels. Il s’agit des prêts qui dépassent la quantité de monnaie déjà en circulation.


L’idée de ces prêts est d’estimer que la quantité en circulation correspond à la capacité de production et d’échange des biens sur les marchés et que cette quantité étant croissante, notamment grâce aux gains de productivité, il est possible d’augmenter cette masse monétaire au profit d’un projet permettant cette augmentation de produits disponibles sur le marché.


A la base, le prêt est donc d’abord un pari sur les capacités futures du marché à avoir besoin de monnaie du fait de l’augmentation des produits disponibles.


N’importe quelle institution pourrait avoir ce rôle mais vu que ces prêts devaient se matérialiser sous forme de monnaie matérielle en or ou argent par exemple, il n’était possible de prêter que ce qui était déjà disponible. Les banquiers étaient ceux qui gardaient cette monnaie matérielle disponible et étaient donc les mieux à même de prêter. Ceci comportait forcément le risque que l’emprunteur ne réussisse pas son projet, ou que ce dernier ne rapporte pas assez sur le marché et qu’il n’y ait donc pas retour de cette monnaie matérielle.


Désormais, le prêt consiste à augmenter le compte d’un client et à lui demander de recevoir des autorisations d’écriture pour rembourser son prêt.

Plus besoin de sortie de matière (la sortie de billets et pièces est devenue anecdotique).


Ce rôle qui peut rester aux banques qui ont la compétence de la tenue des comptes. Mais ce rôle de prêts pourrait être totalement dégagé de la question des dépôts. Ceux-ci n’ont plus besoin d’être mobilisés en cas de défaillance, celle-ci pouvant désormais être constatée par de simples jeux d’écriture entre les clients, les banques prêteuses, et les banques centrales.

Il faut bien comprendre que la monnaie est déjà en soit une dette de la société. Chaque unité monétaire donne effectivement un droit sur la production future. Si l’augmentation des prêts permet ou constate une production future, il n’y a pas d’inflation. Au contraire, si les prêts sont trop nombreux par rapport à la production future, les retours seront insuffisants et il y aura de l’inflation.


C’est donc l’inflation, la valeur d’une unité monétaire sur les marchés internes et externes qui constitue la limite et la garantie du système.


 

Il y a une troisième fonction, beaucoup plus contestable : celle d’investissement.


En effet, en permettant aux banques de se porter investisseurs, elles sont leurs propres clients. Soit elles investissent les dépôts, c'est-à-dire l’argent des autres, soit elles créent de la monnaie sur la base de ces dépôts, et dans ce cas elles sont juge et partie dans la capacité du projet d’investissement à permettre une augmentation future de production.


Toute personne ou institution peut se porter investisseur. Le problème des banques, c’est qu’elles sont à la fois gestionnaires des comptes, prêteuses et détentrices du pouvoir de création monétaire.


En tant que gestionnaire des comptes, elles peuvent être amenées à maquiller les informations comptables pour favoriser un projet dans lequel elles sont impliquées.


En tant que prêteuses, elles sont concurrentes d’elles-mêmes et peuvent conseiller à un client de trouver un investisseur plutôt que d’emprunter alors que le calcul ne lui est pas forcément favorable (transfert de droits de propriété et donc de contrôle sur l’activité, la stratégie... en plus des futurs dividendes à verser de manière non contrôlée à l’inverse d’un prêt dont les mensualités sont connues).


Enfin, ayant la capacité de créer de la monnaie, elles peuvent se prêter de l’argent sur des projets qu’elles considéreraient trop risqués pour des clients externes.


Par ailleurs, le rôle d’investisseur et donc d’opérateur du marché financier devrait être limité au réinvestissement des surplus monétaires. Il est totalement illogique de financer le marché financier par création monétaire. C’est la base même des bulles spéculatives puisque la monnaie sert à la monnaie au lieu de revenir à son rôle normal d’intermédiaire d’échanges de biens et services réels.


De même , il est illogique de passer par un intermédiaire pour prêter de l’argent dans le cadre d’un investissement : soit la banque estime l’investissement rentable et elle peut prêter à l’entrepreneur, soit ce n’est pas le cas, et passer par un intermédiaire demandant une commission ne rendra pas l’activité plus rentable.

 

 

La séparation de ces 3 rôles permet d’y voir plus clair.

  1. Les banques sont d’abord des coffres-forts.
  2. Les banques ont une compétence de tenue de comptes que l’on peut continuer à valoriser en leur laissant la capacité de création monétaire.
  3. La fonction d’investissement n’est pas propre aux banques et devrait être interdite aux institutions ayant les capacités de coffre-fort et/ou de création monétaire.

 

Cette analyse en 3 activités des banques universelles actuelles permet de mieux comprendre ce qu’une loi peut faire pour limiter la spéculation, la création de bulles et l’accroissement de déséquilibres entre la monnaie créée, son affectation et l’économie réelle.


 

Cette loi devrait donc consister simplement à interdire toute institution coffre-fort et/ou créatrice de monnaie d’être acteur des marchés financiers que ce soit directement ou indirectement.

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Published by Thomas PETIT - dans Economie
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